30
Dec
2015
5

Peut-on prédire les tendances média de 2016 ?

Règne de la vidéo, consommation de l’information sur les réseaux sociaux, omniprésence de l’image… Les médias ont beaucoup changé en 2015. Mais qui peut vraiment prédire les tendances média de l’année 2016 sur le numérique ? A part Madame Irma et sa boule de cristal, pas grand monde. Mais il est possible de faire quelques projections à partir des projets et des expériences actuelles les plus novatrices. Pour cela, on vous propose 10 grandes tendances. Le chiffre est totalement arbitraire : 10 c’est beau, rond et ça fait sérieux.

1. Le visuel, nerf de la guerre

Dans un univers dominé par l’image – on vous invite d’ailleurs à relire cet article sur la culture de l’image - comment émerger en tant que média sur le web ? Diaporamas, infographies, vidéos, réalité virtuelle… Les contenus visuels sont en plein développement. Au Guardian comme chez NPR, on considère qu’il faut penser visuel dès le départ. Eric Scherer, directeur de la prospective chez France Télévisions, raconte sur son blog que le journalisme et le design sont de plus en plus liés. Plus que jamais, l’information est visuelle, et il faut raconter les histoires avec des images. Mais il ne s’agit pas seulement de formats éditoriaux, c’est aussi l’ergonomie et la navigation qui doivent être optimales, pour retenir le lecteur et l’empêcher d’aller scroller ailleurs. En 2016, on ne veut plus voir des interfaces où les images ne se chargent pas, où les contenus sont trop longs, où le design n’est pas attrayant.

2. Personnalisation et hyper-distribution

On observe la montée d’une double tendance, qui peut paraître contradictoire en apparence. Les médias personnalisent de plus en plus les contenus selon les cibles (géographiques par exemple) et dans le même mouvement distribuent leurs contenus sur des plateformes de plus en plus nombreuses. La même histoire, le même élément de base, pourra prendre des formes très différentes selon le canal utilisé. CNN a dédié une équipe d’une trentaine de personnes à cette mission de développement de contenus originaux sur les nouvelles plateformes. Face à l’explosion, une seule stratégie : tout essayer, mais avec le format adéquat, et la volonté d’intéresser immédiatement le lecteur avec une information pertinente et vérifiée.

3. A la conquête de nouveaux lecteurs sur Instagram

Attirer un nouveau public, c’est la stratégie de nombreux titres de presse américains sur Instagram (400 millions d’utilisateurs actifs dans le monde dont 5,5 en France). Le New York Times incarne le mieux cette tendance, avec des vidéos et des photos exclusives. Le journal a aussi créé plusieurs comptes thématiques (alimentation, voyage, mode…) très appréciés sur la plateforme. Enrichir l’expérience en ligne des utilisateurs, créer des interactions avec les lecteurs, les vertus de cette offensive Instagram ne manquent pas. Le journal devrait atteindre le million d’abonnés Instagram début 2016. Les Instagramers sont également invités à partager des mises en scène de leur lecture du journal avec le hashtag #MYNYTimes, et les images sont repostées sur un compte dédié. La presse française fait encore un peu de la résistance mais certains médias comme Paris Match sont déjà très présents. Pour aller un peu plus loin sur le sujet rendez-vous ici.

June: A 12-year-old Rohingya girl held her undernourished brother in a squalid camp in #Sittwe, Myanmar. Persecution forced thousands of #Rohingya to flee the country. This photo, which was shot on #nytassignment by Tomas Munita, is one of more than 80 featured in the 2015 #NYTYearInPictures. “Her face, sitting just below the photograph’s vanishing point, forces the viewer to address both her expression as well as the place itself,” said @jeffreyhensonscales, one of the @nytimes photo editors who curated the collection. “Her undernourished brother tells us even more of the suffering, which successfully helps to contradict the scenic beauty of this image.” This #nytweekender, we’re sharing one photo from each month of 2015. To see the full collection, visit the link in our profile.

Une photo publiée par The New York Times (@nytimes) le


4. Des contenus et une ergonomie conçus pour le mobile

En anglais c’est plus chic, on dit “mobile first” ! Désormais 25 % des gens consomment d’abord l’information sur leur mobile, tous pays confondus. Ils ne s’informent généralement pas sur une application d’information dédiée (ils la téléchargent mais ne l’utilisent pas forcément régulièrement). Ils découvrent les contenus par les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. En Angleterre, chez BuzzFeed, une équipe de 7 personnes est dédiée à l’application mobile. Comme l’utilisateur ne reste en moyenne que 30 secondes, l’enjeu est d’attirer le lecteur très vite, de lui donner le envie de rester. L’année 2015 a aussi vu l’émergence des applications de streaming vidéo en direct comme Periscope, et la généralisation du mode portrait vertical, ce que Aurélien Viers, directeur digital du Nouvel Observateur, résume ainsi : “L’information devient droite comme un I”. Pour approfondir c’est ici.

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5. Snapchat, fournisseur d'information

Snapchat, c’est désormais 100 millions d’utilisateurs actifs dans le monde dont 5,3 millions d’utilisateurs actifs en France. 71 % des utilisateurs ont moins de 25 ans. Les réseaux sociaux et les applications de messagerie deviennent des sources d’information prioritaires pour les plus jeunes, et les médias traditionnels souhaitent y être visibles. C’est notamment la stratégie de CNN : 4 personnes à temps plein (deux designers et deux éditeurs) créent des contenus inédits et visuels pour le compte Snapchat de CNN. Le magazine Fortune rapporte que ce compte remporte plus de vues que la chaîne câblée elle-même. La fonctionnalité Discover permet aux médias de proposer un véritable magazine vidéo. Aucun média français n’y est encore présent, mais cela ne saurait tarder. Usage intéressant également : WhatsApp utilisé comme messagerie pour le public, qui y fait remonter des informations, que les journalistes examinent ensuite. Pour aller un peu plus loin c’est ici.

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6. Nouveaux formats éditoriaux sur Facebook

Depuis quelques mois, Facebook lance des formats spécifiques pour les médias. Quelques titres de presse français se sont lancés dans l’aventure des “Instant Articles”, ces articles directement disponibles sur la plateforme. Si les résultats sont pour l’instant mitigés, il ne fait pas de doute que le réseau social va proposer de plus en plus d’outils de ce type. Le but ? Offrir des contenus à ses utilisateurs et les inciter à rester sur Facebook. Des formats vidéo inédits vont probablement apparaître, et les modèles de partage de recettes publicitaires évolueront également. Plus d’informations sur les Instant Articles ici.

7. La gamification de l'information

Les newsgame se multiplient, du jeu éditorial simple – comme “Les canards voleront toujours plus haut”) à des jeux beaucoup plus complexes intégrant des reportages et des infographies. L’idée ? Apprendre en s’amusant et participer à l’histoire racontée par la rédaction qui propose le jeu. En 2016, on verra peut-être des newsgame faisant appel à la réalité virtuelle. La gamification de l’information peut être vue d’un mauvais oeil par les journalistes, mais elle permet de faire participer le lecteur à une véritable expérience immersive, d’attirer son attention et de le plonger complètement dans une histoire. Ces formats, difficile à monétiser et qui ne remportent pas toujours le succès escompté, sont encore en phase d’expérimentation mais ils renforcent les liens entre les médias et leurs lecteurs, en particulier pendant les périodes de couverture d’élections. En 2008, Le Monde avait créé “Primaires à gauche”Les différents types de newsgame sont expliqués ici.

"Les canards voleront toujours plus haut", un jeu mis en ligne après les attentats de Charlie Hebdo.

“Les canards voleront toujours plus haut”, un jeu mis en ligne après les attentats de Charlie Hebdo.

 

8. Des nouveaux entrants dans les rédactions

Community managers, spécialistes de la recherche de données, journalistes designers… Les rédactions accueillent des profils de plus en plus diversifiés, qui ne sont pas forcément issus des cursus traditionnels. Pour les managers, l’enjeu n’est pas seulement de les trouver et de les recruter, mais aussi de les intégrer aux organisations. Ces nouvelles compétences ne doivent pas rester à la marge. La télévision publique suisse est organisée, pour le numérique, en trois sections : un pôle contenus, un pôle UX et un pôle technologie. Le Washington Post a crée une équipe dédiée à l’innovation, qui travaille main dans la main avec le reste de l’organisation.

9. Quels modèles économiques ?

C’est la question qui reste en suspens parmi toutes ces expérimentations. Il semble difficile de définir un seul et même modèle économique qui fonctionne pour tout média sur le numérique. Là encore, l’inventivité est de rigueur face à un marché publicitaire compliqué. Le magazine GQ se lance dans les vidéos sponsorisées comportant du placement de produit, avec des influenceurs. Des applications média sur le modèle freemium voient le jour. De nouveaux magazines, pure-players ont vu le jour en 2015, et certains connaissent un certain succès. Mais on en parlait dans un autre article : les modèles restent à construire, et c’est aussi une bonne nouvelle.

10. A vous !

Cette liste de tendances est bien sûr incomplète. On attend vos idées, pistes, questions et réflexions dans les commentaires !

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