16
May
2015
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L’indépendance des médias est-elle un eldorado ?

Cette semaine avait lieu à Lyon la 5e édition du Forum European Lab. Le but : échanger sur la culture de demain avec des acteurs venus de tous les domaines et secteurs. Des échanges passionnants et vivifiants ! Le Café des Médias n’a bien sûr pas manqué la conférence sur les médias, sur le thème de l’indépendance : les médias indépendants sont-ils un meilleur reflet de la culture et de l’époque ? Autrement dit, qu’est-ce qui distingue un média indépendant d’un média appartenant à un grand groupe dans la manière de créer et financer les contenus ? Franck Annese, fondateur de So Press (So Foot, So Film, Society… c’est lui et sa bande) et Bruno Delport, directeur de Nova, ont bien voulu livrer quelques clés !

Aux origines... Une bande

Les médias indépendants sont souvent une oeuvre collective, née sur un coin de table ou pendant une pause café… Et si on ne retient la plupart du temps que le nom du fondateur, c’est l’envie de travailler avec sa bande qui est à l’origine du projet. Ce que raconte Franck Annese, dirigeant de So Press :

Je voulais un job où je puisse travailler avec ma bande, avec mon entourage. On s’est demandé ce qu’on savait faire. C’était : produire des films, écrire, tourner des clips… Et on a créé quelque chose autour de cela.

Le point de départ de projets menés avec une énergie incroyable : Franck Annese vient de lancer Society. Ce magazine qui paraît tous les quinze jours traite de sujets de société de manière approfondie et avec le le ton décalé et l’humour de So Foot - la marque de fabrique de So Press. Lancer un tel média à l’ère du numérique, un pari un peu fou, mais qui peut fonctionner. On avait interrogé il y a quelques mois des créateurs de magazines papier, et ils ne semblaient pas regretter leur audace. Et pour eux aussi, il y avait cette fameuse bande qui leur a permis de lancer leur magazine en kiosque. Un doux rêve concrétisé par Franck Annese :

Chaque numéro de So Foot s’auto-finançait… Il fallait donc que cela marche en kiosque, dans un contexte où les gens n’y vont plus forcément toutes les semaines. Les premières années, on ne se payait pas, on vivait tous de boulots parallèles. On a voulu grandir pour continuer à payer tous ces gens, et puis pour en recruter d’autres.

Dès le 2e numéro de Society, on pouvait y découvrir une interview de François Hollande. Indépendant ne veut donc pas dire petit et réservé à un marché de niche.

European Lab : la conférence débute !

 

Se différencier... Coûte que coûte

Le problème essentiel auquel sont confrontés tous les créateurs de médias indépendants : le financement. Bruno Delport, directeur de la radio Nova, a été engagé il y a 17 ans pour faire en sorte de diminuer les pertes. Pour cela, il a dû inventer de nouvelles manières d’engranger de l’argent :

Organisation de soirées, magazines, publicités… On a expérimenté de nombreux leviers de financement pour pouvoir continuer à faire ce qu’on aime. Mon travail c’est d’organiser le chaos.

Et pourquoi est-ce si compliqué, pourquoi faut-il être si créatif quand on est un média indépendant ? Bruno Delport explique :

On ne veut pas faire du mainstream et on veut faire découvrir. On veut proposer. On ne fait pas des choses qui correspondent aux attentes d’un public. On n’a pas de cible marketing. Notre souci principal c’est d’être toujours à l’affût de nouveautés, de faire écouter des choses qu’on n’entend pas ailleurs.

Cela rend le rapport aux annonceurs particulièrement délicat, comme le décrit Franck Annese :

On en avait marre de voir un article vantant les mérites d’un film qui avait sa publicité sur la page d’à côté… Cela biaise tout. On voulait être libre de proposer ce qu’on aime, et uniquement ce qu’on aime, sans qu’on nous l’impose. Donc les revenus qui nous viennent de la publicité sont faibles, de l’ordre de 10 %.

Le résultat ? Des propositions éditoriales complètement inédites, innovantes et qui sont l’oeuvre de passionnés.

Un eldorado, si et seulement si...

On retient donc de cette conférence que créer un média indépendant, c’est un eldorado si et seulement si :

- “On ne veut pas être riche” (Franck Annese)

- “On ne veut pas à tout prix plaire au public mais que c’est pour lui qu’on travaille” (Bruno Delport)

- On veut raconter des histoires

- On ne compte pas ses heures

L’entrepreneuriat dans les médias est donc possible, c’est la bonne nouvelle !

Et on n’oublie bien sûr pas les médias indépendants qui naissent sur le web ! En bonus, on a pu apercevoir la rédaction de Les Jours, un média web indépendant fondé par des anciens de Libération. Un site d’information payant très prometteur dont on peut suivre les débuts en s’abonnant à la newsletter.

 

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