31
Oct
2019
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Non, le magazine papier n’est pas en crise

Alors qu’on entend parler partout de crise de la presse papier, Les Chuchoteuses, une agence digitale sort un magazine papier qui parle de… numérique. Un projet qui peut paraître surprenant. J’ai eu envie d’en savoir plus, et d’interroger les créatrices de ce projet original.

J’avais déjà abordé ce sujet sur ce blog en interviewant les fondateurs de Usbek & Rica et de Paulette, qui ont créé des magazines papier alors qu’on leur disait que c’était trop risqué aujourd’hui. Vous pouvez lire l’interview ici. C’est donc l’occasion pour moi, deux ans plus tard, de faire le bilan : le papier a-t-il encore de beaux jours devant lui ?

D'abord, pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Sophie Comte, et avec Aurore Bisicchia nous avons créé l’agence digitale Les Chuchoteuses. Notre coeur de métier c’est l’écrit. Nous créons tout type de format mais la dimension éditoriale de l’agence nous distingue. Nous nous nommons des conteuses numériques. Nous accompagnons les entreprises dans leur transformation numérique. Nous trouvions qu’il manquait une dimension humaine dans la matière dont on parle de ce sujet. Et souvent, les articles qui parlent de numérique ne s’adressent qu’à des professionnels. On se parle entre pro. Dans la presse traditionnelle, les magazines sont techniques. La dimension sociale est absente.

Chemin faisant, on s’est dit qu’on allait créer notre propre média. Alors on a décidé d’éditer un magazine en ligne, Chut!. L’idée est d’explorer l’impact du numérique sur nos vies en s’adressant à tous, hommes, femmes, plus ou moins connectés, jeunes, plus vieux… Le numérique concerne tout le monde. On sait aussi qu’il y a seulement 10% de femmes dans les métiers techniques du numérique alors que ce sont les métiers de demain, qui doivent être accessibles à tous. Les jeunes filles pensent que le développeur web par exemple est un jeune blanc derrière son écran. C’est un stéréotype et on veut lutter contre cela.

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Sophie Comte et Aurore Bisicchia, fondatrices des Chuchoteuses.

Pourquoi avoir décidé de lancer un magazine papier ?

Le magazine en ligne a été lancé il y a un an et déjà on avait un petit rêve de magazine papier. Nous avons suivi le programme de l’incubateur Médiastart de Paris&Co et les échanges que l’on a eus ont abouti ce projet de magazine. L’idée est que le papier est l’aboutissement de notre média. Nous voulons faire connaître le numérique au plus grand monde, que tout le monde se sente concerné. La mission est de démocratiser ces enjeux sans perdre en expertise, et ce par le format papier. On vit dans un monde phygital: le numérique a le droit au papier. Et on veut aussi un magazine papier car le print, c’est encore le support du temps long. La technologie est encore associée à la vitesse, alors que pour un magazine on prend le temps. On a choisi un beau papier, pour qu’on éprouve du plaisir à le feuilleter. C’est ce qu’on appelle un mook, un magazine qui se rapproche d’un livre. Il est disponible en pré-commande ici.

Pour financer le premier numéro, nous avons lancé une campagne de levée de fond qui a duré 6 mois sur kisskissbankbank. C’était une expérience très enrichissante, assez technique aussi car il y a des règles à connaître pour que cela fonctionne. C’est aussi une manière de communiquer sur son projet. Nous avons réussi donc à collecter les fonds nécessaires. Pour le numéro 2, on utilisera un système de prévente. Le magazine ne sera pas disponible en kiosque tout de suite. On construit le modèle petit à petit, on ne veut pas brûler les étapes.

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De quoi parlera le magazine ?

Le dossier central est consacré aux femmes et aux technologies, avec une partie historique qui explique pourquoi les femmes sont moins présentes dans ce secteur, et une partie portraits pour mettre en lumière les femmes qui sont devenues des actrices clés de la tech. On parle aussi des enfants et des écrans, mais sans diaboliser les technologies. On interroge l’usage qu’on en fait, et on propose des solutions pour se réapproprier ces outils. C’est ce qu’on appelle du journalisme de solution. On ne laisse pas les lecteurs dans la panique. Le projet bénéficie du soutien de Najat Vallaud-Belkacem, qui sera pour la première fois marraine d’un projet média.

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A l'ère de la crise de la presse traditionnelle et des médias numériques, le papier n'est donc pas mort ?

Il y a encore de la place pour les deux formats ! L’avenir du média papier est plus radieux qu’on ne le croit. Il faut diversifier les business model, ne pas tout faire reposer sur des abonnements, et y associer le modèle d’agence de création de contenu par exemple. Il faut trouver plusieurs sources de revenus. Néanmoins, l’abonnement est encore un modèle qui fonctionne. On a été inspirées par des revues comme Le 1 ou encore Zadig, qui sont des revues qui fonctionnent grâce aux abonnements.

Vous créez aussi des carnets papier, pensez-vous que le monde numérique a besoin d'objets physiques ?

Clairement ! Il y a eu une euphorie mais on se rend compte qu’il faut tout le temps recréer du lien. Il y a un équilibre à trouver entre la vie en ligne et la vie hors des écrans. Il y a des dérives, on devient addict, il y a même des cures de digital détox… Il faut reprendre le pouvoir sur les technologies et continuer à tisser des liens humains.

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On souhaite beaucoup de succès à Sophie et Aurore, et on a hâte de découvrir le premier numéro de Chut!.

Pour découvrir Chut! en ligne, cliquez ici ! Et pour commander le premier numéro papier sur les femmes et la tech, au prix de 12 euros, c’est ici que cela se passe.

Si vous voulez (re)lire l’interview des créateurs de Usbek & Rica et de Paulette, c’est ici.

Pour finir, vous êtes un certain nombre à me demander les sources des propos tenus dans les articles. Ce sont des entretiens menés par mes soins donc par conséquent la source est ce blog :)

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