28
Jan
2015
6

L’audio est-il viral ?

A quoi pensez-vous quand on vous parle de viralité ? Souvent à une vidéo.

Un contenu viral, c’est-à dire un contenu qui est largement diffusé, commenté et partagé par les internautes, est le plus souvent une juxtaposition d’images animées. Mais qu’en est-il de l’audio ? On listait déjà ici quelques leviers de viralité pour la radio, comme l’interactivité ou la captation vidéo. Cependant, ces leviers ne sont pas propres au son. Quels sont les atouts de l’audio pour être viral ? Rencontre avec ceux qui pensent que l’audio a de l’avenir.

Les atouts du son

Faire entendre la voix humaine sur le web, c’est l’idée du réseau social Bobler. Le principe ? Des messages vocaux de 36 secondes que l’on enregistre sur son smartphone. Pourquoi avoir misé sur le son ? Marc-Antoine Durand, le fondateur de Bobler, explique sa démarche pour Le Café des Médias :

L’ambition était de remettre la voix au coeur des réseaux sociaux. Humaine, elle a une forte charge émotionnelle et elle laisse une grande place à l’imaginaire.

Un pari réussi puisque l’application a déjà séduit plus de 100 000 utilisateurs en seulement quelques années. Comme sur Vine ou sur Instagram, des phénomènes sont nés, comme Mamie Huguette, qui commence toutes ses bulles par la phrase “C’est quand même pas normal” :

 

Au départ, Bobler ressemblait davantage à un audioguide culturel, avec des bulles de 2 minutes. Si le réseau social a évolué pour devenir un “Instagram de l’audio”, la volonté de faire exister des contenus à valeur ajoutée demeure. Mamie Huguette et les autres sont des créateurs de contenus à part entière. Des contenus élaborés et longs, c’est l’atout du support audio selon Thomas Baumgartner, journaliste et producteur d’émissions sur France Culture – où il anime notamment l’émission L’Atelier du son :

Les programmes de France Culture sont souvent très exigeants dans leur contenu, pour autant ils sont très podcastés. Les auditeurs se constituent des bibliothèques de savoir. Cela a pour eux de la valeur, ce qui veut dire qu’il y a de la place pour des contenus sophistiqués et que ceux-ci vont être diffusés et partagés.

Une question de format ?

En dépit de ses atouts indéniables, le son ne bénéficie pas pour l’instant de forts effets de viralité. Pour Marc-Antoine Durand, c’est un problème de format :

Il faut inventer des formats sonores propices à une diffusion large. Il faudrait que chacun puisse découper les extraits sonores qui l’intéresse pour les partager sur les réseaux sociaux.

On ne saurait donc pas encore capable de produire des formats qui mettent véritablement en valeur les productions sonores. Un point de vue que nuance Thomas Baumgartner. Pour lui, le format ne résout pas tout :

La question du format est importante mais pas déterminante. La viralité d’un son dépend de nombreux facteurs qui se tissent les uns aux autres. L’éditeur ne maîtrise pas ce processus : il y a une transformation, une réappropriation par les auditeurs. Quand je travaillais pour ARTE Radio, on avait justement monté les audioblogs pour permettre aux inernautes de se réapproprier les sons sans avoir besoin de toucher au code.

 

Arte radio

Arte radio

 

Filmer le son est-il la solution pour le rendre viral ? C’est la question cruciale qui avait déjà été évoquée ici. Thomas Baumgartner donne son point de vue sur la radio filmée :

C’est naturel d’aller vers cet objet qu’est la radio filmée pour développer cet univers sur le web, pour que les gens y restent fidèles dans une culture très visuelle. Ceci dit, j’ai des doutes sur le live vidéo in extenso, et je pense que cet objet hybride n’est pas une solution miracle pour développer la radio.

Le son a de l'avenir !

Si l’audio ne connaît pas encore son âge d’or numérique, les chantiers qui s’ouvrent sont immenses selon Thomas Baumgartner :

Effectivement en ce qui concerne la viralité, le son n’est pas encore en plein boum contrairement à la vidéo. Mais ce sont des chantiers en cours. Chez Radio France, chez Apple, il y a des services de R&D qui mènent des recherches sur ces questions.

Selon Marc-Antoine Durand, la mobilité du son est peut-être ce qui lui offre le plus de perspectives :

L’audio est intéressant dans l’ère de la mobilité. On peut emporter le son facilement partout, par exemple dans les voitures connectées. Et les appareils obéissant à la parole sont de plus en plus fréquents.

La puissance discrète du son réside dans sa capacité à être présent partout, tout le temps. Comme l’explique bien cet article, l’audio est compatible avec toutes sortes d’activités : promener son chien, conduire, faire les courses. La durée de l’attention de l’être humain étant très limitée dans le temps, il est précieux de pouvoir l’accompagner dans son quotidien. Une caractéristique qui lui est propre selon Thomas Baumgartner :

Le son est plus léger, plus accessible, plus facile à télécharger dans des conditions difficiles. Le lien entre son et mobilité, c’est son avantage sur l’image. La possibilité d’écoute plus grande par rapport à la possibilité de regarder. C’est loin d’être nouveau puisque l’habitude d’écoute est née dans les années 1960. Le son a une viralité in situ, géolocalisée : une viralité physique, en quelque sorte.

Léger et invisible, le son s’immisce dans tous les recoins de nos vies : la culture visuelle n’aura pas raison de lui.

3 Responses

    1. antoine.bayet@gmail.com'
      Antoine

      Pas sûr que ce soit le meilleur exemple, Mickaël : la vidéo de l’entretien de Philippe Val, diffusée sur la page FB de France Info, a fait 2,5 M de vues …

  1. Pingback : Le Café des Médias La culture de l'image, ou l'invention d'un nouveau langage - Le Café des Médias

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