26
Sep
2014
4

Courir connecté

Courir connecté, c’est tendance. On enregistre la moindre foulée avec son smartphone ou avec une montre ultra-perfectionnée. Mais que font tous ces coureurs qui ne peuvent pas se séparer de leurs appareils électroniques, même en pleine nature ? Pourquoi porter des brassards et des bracelets GPS quand on se sent tellement plus libre et plus léger sans cette armada technologique ?

Mesurer ses performances

Runtastic et Nike+ sur smartphone, montres GPS connectées… Les produits électroniques qui collectent les data du coureur font légion et ils connaissent un succès grandissant. Il y a encore une dizaine d’années, tous ces accessoires n’existaient pas et cela n’a jamais empêché personne de courir et de mesurer ses performances. Pourquoi abandonner la vieille montre chronomètre toute simple pour un bracelet hors de prix quand on est un coureur du dimanche ? Comme le raconte Mathieu, un jeune coureur qui utilise l’application Nike+, ces applications ont de nombreux avantages :

Pour moi le grand intérêt est de suivre mes progrès. Après tout le temps et la distance sont les seuls repères que l’on a quand on court. Il est important de mesurer ses performances pour garder la motivation et voir comment on peut s’améliorer”

Ces outils connectés permettent d’aller beaucoup plus loin qu’un simple chronomètre, comme le décrit Pénelope dans cet article de blog qui compare deux montres différentes. Planifier son parcours, mesurer son rythme cardiaque, créer des programmes… Les coureurs peuvent personnaliser en temps réel leurs entraînements, ce dont témoigne Julien, un autre coureur : 

L’avancement des technologies est tellement poussé qu’à chaque sport correspond un équipement adaptable, personnalisable

.

Faire partie d'une communauté virtuelle

Mais l’utilisation de ces objets ne sont pas qu’un reflet du “quantified self”, cette méthode qui consiste à recueillir des données sur soi pour mesurer son bien-être, son état de santé ou dans le cas présent ses aptitudes physiques. Cela ne relève pas non plus d’une volonté obsessionnelle des coureurs de s’équiper des dernières technologies. L’intérêt est de se connecter… à d’autres coureurs. C’est l’expérience de Mathieu : 

J’aime pouvoir partager mes courses sur les réseaux sociaux. On échange beaucoup avec d’autres coureurs et ils m’inspirent. J’aime quand on me pose des questions sur les réseaux sociaux, et on en apprend un peu plus chaque jour grâce à la communauté web

La communauté des coureurs est très nombreuse et active sur les réseaux sociaux. Ce sport est-il devenu une bataille de hashtags ? C’est la vision extrême que l’on peut avoir de l’extérieur en voyant tous ces coureurs partager des photos de leur jogging sur Instagram, créant des équipes virtuelles qui se défient à coups de partages sur Twitter. Mais si l’on y regarde de plus près, ces comportements ne correspondent qu’à une très petite minorité de coureurs influents, passionnés et passionnants et qui utilisent le web social comme un outil supplémentaire pour partager leur manière de vivre. Et si on prend une loupe, on voit bien que derrière tous ces hashtags et applications sociales se cachent des marques bien connues, Nike ou Adidas pour ne pas les citer. Pour ces équipementiers, s’intégrer dans les modes de vie des coureurs par les réseaux sociaux fait partie d’une stratégie marketing déjà bien rodée et particulièrement efficace.

Des outils puissants... et rien d'autre

Julien utilise les outils connectés, mais pour lui, ce sont des outils, et rien d’autre. La communauté web n’est que le prolongement du lien social très fort qui existe dans ce sport.

Je ne veux pas me dire que la communauté se passe dans un téléphone ou sur internet. Comment fais-tu alors lorsque tu n’as plus de batterie sur ton téléphone pour enregistrer et partager ton run ? Ca voudrait dire que tu n’as plus fait tes 10 km ? Courir en groupe est tellement plus motivant et galvanisant. C’est d’ailleurs comme cela qu’on arrive parfois à dépasser ses limites sans s’en apercevoir. 

Les sportifs utilisent le web comme n’importe quel accessoire sportif : il doit servir leur pratique avant tout. Ils mettent volontiers à distance les objets connectés, et ce même si paradoxalement ils s’en servent au quotidien, et savent précisément pour quelles raisons ils les utilisent. Et ce que préfère Mathieu, qui est pourtant un coureur très connecté, c’est courir… léger. En somme, pas de place pour les gadgets quand on court :

Il ne faut pas non plus perdre de vue le fait que l’on court avant tout pour le plaisir. Ce que j’aime justement c’est que pour courir il ne faut pas grand-chose si ce n’est une bonne paire de chaussure. C’est ce qui fait pour moi la beauté de ce sport. 

Si tous les deux aiment prendre des photos au cours de leur jogging, le but n’est pas de partager leurs statistiques de course, et de manière générale de se mettre en scène. En cela, ils sont incomparables aux grands athlètes hyperactifs sur les réseaux, qui nourrissent ainsi leur image et se rapprochent de leur public. Les coureurs ordinaires n’utilisent pas ces plateformes avec les mêmes objectifs, ce que Julien illustre avec cette anecdote :

Cet été j’étais en vacances avec des amis dans un village que je ne connaissais pas. Dès les premiers jours, en allant courir j’ai découvert les alentours. Grâce aux photos de mes runs sur Instagram ou Twitter mes amis qui eux étaient restés à la maison ont réalisé qu’ils manquaient plein de choses, des paysages insoupçonnés. On a ainsi pu visiter davantage, en marchant cette fois. 

Néanmoins, ces usages restent tout à fait inédits dans la pratique de la course à pied, et il n’existe pas réellement d’équivalent dans les autres sports. Il y a certes des communautés très actives autour des sports type fitness, yoga, pilates, sur les blogs et les réseaux sociaux. Certaines blogueuses et youtubes comme Lucile Woodward sont devenues des célébrités. Mais la course à pied est un sport unique en son genre puisque c’est une pratique individuelle où  le sentiment d’appartenir à un collectif se développe très aisément, sur une piste d’athlétisme aussi bien que sur… Instagram.

Et vous, que pensez-vous de ces nouveaux usages ?

3 Responses

  1. ines.benyelles@gmail.com'
    Ines

    Article très intéressant ! Je m’y retrouve dans les différents témoignages et l’avantage de ce (trop de) partage à permis de rendre le running plus accessible à des non sportifs et surtout d’en faire un sport presque collectif !!

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  3. Pingback : Le Café des Médias Le running a envahi les internets

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